21.000 enfants enlevés par le régime franquiste avec la complicité de l’Église catholique !
Un documentaire sur les
« enfants volés » va passer quasi clandestinement sur
FR3 ce lundi11/02/13 à 0h10* ! Il eut pourtant pris tout son poids,
au moment où nos propres prélats cherchaient à imposer la loi
religieuse sur la loi civile. Car question GPA barbares l’église
espagnole se posait là. Ces vols d’enfants démarrés au lendemain
de la guerre civile au nom d’une idéologie de lutte contre le
virus rouge va se poursuivre pour des motifs mercantiles, toujours
sous l’égide de l’église qui, jusqu’en 1987, gérait les
adoptions. La seule religieuse inculpée – sœur Juana – vient de
mourir.
L’historien Ricard
Vinyes chiffre à 21.000, rien que pour 1942 et 1943, les
enfants enlevés de force à des mères républicaines par le régime
franquiste avec la complicité active de l’église catholique.
Le juge Baltasar Garzón,
qui a d'ailleurs perdu son poste en tentant de faire avancer ce
dossier des enfants volés du franquisme, cite un document d'une
institution religieuse, chiffrant à 30.960 au cours de la décennie
1944-1954 le nombre d'enfants de prisonnières politiques placés
sous tutelle de l'Etat. Selon ce magistrat, c'est "un nombre
indéterminé" d'enfants qui, de manière "systématique,
préconçue et avec une volonté véritablement criminelle",
auraient été soustraits à des familles "qui ne s'ajustaient
pas au nouveau régime [franquiste]". Des milliers de femmes
républicaines venues accoucher dans les hôpitaux ressortent sans
bébés. ("La madre biológica entraba por un lado y la adoptiva
salía con un bebé por otro"). Tous, sont déclarés
morts nés. En fait, l'enfant, bien vivant, est placé sous la
tutelle d'une famille proche du régime franquiste, pour être
rééduqué. Ce sont les religieuses qui sont chargées de voler les
enfants, elles utilisaient leur influence et l'autorité de l'Eglise
pour faire taire les plaintes des mères.
Garzon relate cet épisode du début
des années 40 basé sur le témoignage de Félix Espejo, ancien
mineur des Asturies: "Un jour, les mères [prisonnières]
sortirent avec leurs enfants dans la cour [de la prison de
Saturraran]. Les religieuses leur dirent que les enfants devaient
rester à l'intérieur pour une révision médicale. Il y en avait
une centaine. Lorsque les mères rentrèrent, ils n'étaient plus là.
Concepcion [une prisonnière], qui n'avait pas d'enfant, fut
impressionnée par les scènes de douleur et par les cris des mères
qui réclamaient leurs petits. Ils les menacèrent en leur disant de
se taire si elles voulaient rester en vie. Une femme d'Oviedo libérée
peu après vit sa fille dans une maison de militaires, à Valence,
mais on ne sait pas si elle a pu la récupérer ou non".
Du rapt idéologique au trafic de
nouveaux-nés
Cette politique d'enlèvements, pour
rechristianiser les enfants de mères rouges, s’est ensuite, avec
toujours la complicité des « bonnes sœurs » et de leur
hiérarchie, transformée en véritable trafic d’enfants. «Ce
qui commence comme une sorte de vengeance politique et de mise au pas
de la société se transforme au fil des années en un vrai
«commerce» qui aurait perduré y compris jusqu’au début des
années 80», explique Hector Rojo (revue Diagonal). Ainsi Isabel,
mineure et enceinte, dans la très catholique Espagne de 1974, a dû
obéir à ses parents : accouchement discret et un bébé qui
disparaît, confié par les religieuses, sous une fausse identité, à
une famille bien sous tous rapports (Tribune de Genève 15/10/2009)
Le Monde daté du 24/12/2011 titrait
en page 3 "Les enfants volés d'Espagne" Les
associations de victimes estiment à 300 000 adoptions irrégulières
et vols d'enfants entre 1940 et 1990. L'article raconte qu'une femme,
sur les conseils du curé de la paroisse, a simulé la grossesse,
avant d'"adopter" un enfant.
"Le vol de bébés a surgi en
Espagne avec le franquisme mais, par la suite, il semble qu'il se
soit transformé en un pur commerce, extrêmement lucratif, qui se
serait nourri de la vulnérabilité de certaines catégories de
personnes : mères célibataires ou mineures, couples analphabètes
[...] Ce qui a commencé comme un crime idéologique s'est transformé
en une véritable mafia" Enrique Vila cité par Le Monde.
El Mundo qui n’est
pas l’équivalent espagnol du Monde, plutôt proche de l’UMP
locale, le PP, a cependant consacré un dossier aux « familles
fictives : vies dérobées ». Témoignages émouvants de
ces bénéficiaires du trafic : "Mes parents m'ont confessé
qu'ils m'avaient acheté" : Juan Luis Moreno a su qu'ils
l'avaient acheté pour 150.000 pesetas quand son père le lui a
confessé dans son lit de mort ; "Ils ont payé pour moi
davantage que pour un appartement"; "Un religieux leur a
permis de choisir entre un petit garçon ou une petite fille",
"Ils ont eu à employer une mère porteuse"...
Des couples mariés qui ne pouvaient
avoir d’enfant, se mettaient en rapport, par le bouche à
oreille, avec les personnes qui pouvaient leur en fournir. On leur
disait dans quelle ville ils auraient à aller et combien ils
devraient payer et le jour indiqué, ils se déplaçaient là où
l'échange était fait. Après ils s’arrangeaient, dans leur propre
ville pour falsifier, avec aussi un paiement préalable, le
certificat de naissance. Et ils se présentaient à l'état civil où
ils inscrivaient le bébé. "Il y avait pratiquement toujours
des personnes religieuses impliquées dans ces histoires" En
effet, jusqu’à 1987, 12 ans après la mort de Franco, les
adoptions étaient entre les mains de l’église.
La seule personne inculpée, une
« bonne sœur », Maria Gomez Valbuena, en religion Sor
Juana, est décédée en janvier. Le juge Garzón, on l’a vu a été
déchu pour onze ans, par la plus haute juridiction espagnole sur
plaintes de deux groupuscules d’extrême droite, pour avoir osé
soulever le couvercle des 100 000 disparus du franquisme et de
ces 300 000 « niňos robados ». Comme le dit Télé
Obs, aucune enquête qui permettrait de vérifier les archives des
hôpitaux, des maternités et des évêchés incriminés, n’a été
diligentée. (« Les ombres du passé » Télé Obs
09/02/13).
Cette église franquiste, loin de tout repentir, a continué
d’afficher son cléricalisme avec la même morgue, pour tenter de
bloquer les lois qui lui déplaisent. Le soutien du Vatican ne lui a
jamais fait défaut. La radio contrôlée par la Conférence
épiscopale espagnole a pris très systématiquement position contre
le gouvernement de Zapatero, défendant, sur un ton souvent très
violent, des positions proches du Parti Popular (PP). Mais, malgré
le retour du PP au pouvoir, ni le mariage homo, ni l’IVG, contre
lesquels cette église avait organisé des manifestations géantes,
n’ont été remis en cause.